Je photographie souvent dans des événements. Cet été j’ai passé une partie de l’après-midi aux tam-tams du Mont-Royal. Je photographiais les musiciens et les danseurs. Deux jeunes filles dans la vingtaine dansaient ensemble et « faisaient les folles ». Une d’elles m’a vu photographier. Elle s’est approché et m’a demandé si j’avais fait des photos d’elles. J’ai répondu : « oui » et elle m’a ensuite demandé si je pouvais leur envoyer une copie des photos car elles aimeraient avoir des souvenirs de la journée. Je lui ai donné ma carte et lui ai dit de me contacter par courriel ou par Messenger pour que je lui envoie les photos.

Deux amies aux tam-tams du Mont-Royal.

Aucune d’elles ne m’a contacté. Elles sont venues sur mon compte Instagram et elles ont reposté les photos sur leurs comptes. À ce moment j’ai réalisé quelque chose qui m’a choqué : elles ne font rien pour préserver leurs souvenirs, elles veulent seulement des images à poster sur les réseaux sociaux. Tout ce qui les intéresse est de montrer aux gens qu’elles étaient « là » et ont fait « ça ». Leur vie est dissipée dans le cyber-espace. Dans dix minutes, les photos du « beau moment » qu’elles ont vécu aux tam-tams va être écrasé par des millions d’autres photos. Je suis convaincu que si je demandais à ces jeunes filles aujourd’hui de me montrer les photos de cet été, elles ne pourraient pas le faire.

Une des choses qui explique le phénomène des « souvenirs jetables », selon moi, est qu’aujourd’hui le geste de faire une photo est devenu banal.  À l’époque on devait acheter du film et payer le développement des photos.  Lorsqu’on sortait la caméra, c’était – pour la plupart des gens – un événement, un moment spécial.  Les photos qu’on faisait avaient donc de l’importance.  Maintenant avec les téléphones intelligents, on photographie tout et n’importe quoi sans y penser et les images ainsi faites n’ont plus aucune valeur.  Pourtant, il y a une différence entre une photo prise lors d’un anniversaire et photographier un article sur la tablette du magasin parce qu’on veut se souvenir du prix.

Lorsque j’étais jeune, on avait à la maison des albums de photos. De gros livres avec une reliure métallique en spirale et des pages auto-collantes. Ma mère prenait un soin fou à ranger et classer les photos. Chaque fois qu’on sortait un album de la bibliothèque, on prenait le temps de s’arrêter pour revivre les instants du passé.

Où sont vos souvenirs aujourd’hui? Garder vous toutes les photos que vous faites sur des disques durs? Les faites vous imprimer? Ou êtes-vous du genre à poster illico sur Facebook et Instagram pour ensuite oublier la photo? Où sont les images que vous avez fait le mois dernier? Pouvez-vous me montrer les photos du réveillon de Noël 2015? Pensez-y : vos souvenirs sont précieux, archivez vos photos.

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