Bien que cet article soit dans la section « technique », je ne vous parlerai pas de caméra, d’objectif, de longueur focale ou d’ouverture de diaphragme.  Je vais plutôt vous expliquer comment je travaille avec les modèles…  « J’veux pas que tu poses, j’veux que tu vives !!! » est la phrase que je leurs dis au début du shooting.  Ensuite je fais le clown, je parle avec elles, je leur demande de me conter des blagues et parfois je vais même aller jusqu’à mettre de la musique et demander au modèle de danser.  Je veux avoir de la vie dans les photos.

Selon moi, les plus belles photos sont celles où on sent une énergie et une connexion avec le modèle.  On voit de la vie dans l’image.  La seule façon d’obtenir ce résultat est en faisant vivre le modèle devant la caméra.  Ça, c’est le travail du photographe.

 

Les entraves à la spontanéité

Vous seriez surpris de voir combien de modèles ne sont pas capables d’être   naturelles et spontanées lors d’un shooting.  Il y a plusieurs raisons pour expliquer ce phénomène :

  • La première est que dans la tête de bien des gens, pour que la photo soit belle, on doit « poser ». La personne s’attend donc à ce que le photographe la place au millimètre près devant l’objectif.

 

  • Une deuxième raison est que la majorité des agences de modèles enseignent à leurs recrues comment « poser ». L’idée ici est de s’assurer que les modèles sauront « être belles » devant la caméra en adoptant des poses qui font que n’importe qui paraît bien.  Ce sont aussi ce genre de poses que la majorité des gens qui engagent des modèles veulent avoir dans leurs publicités.  Ce que j’appelle gentiment « des photos de catalogue Sears » …

 

  • Troisièmement, il est beaucoup plus difficile qu’on peut le penser de se « laisser aller » et « faire le fou » devant un inconnu qui pointe une caméra sur nous. Même les personnes les plus extraverties ont de la misère à le faire.  La dernière fois que la personne à déconné dans une photo, l’image a fait le tour des réseaux sociaux, une avalanche de commentaires « déplaisants » s’en est suivi et la pauvre fille (ou garçon) a dû se promener avec un sac de papier sur la tête pendant 2 semaines.  Répéter l’expérience?  Non merci!

Le travail du photographe

Face aux deux premiers points, le photographe doit être un peu psychologue.  Il doit convaincre le modèle que le naturel est aussi très beau.  Pas facile de nos jours de faire avaler cette pilule quand sur Instagram toutes les instagrameuses postent des images ultra léchées où elles font semblant d’être naturelles.  Il y a aussi les maudits filtres qui sont appliqués aux photos qui corrigent les défauts au point où elles ont l’air de poupées de cire.  Quand tout le monde agit de la sorte, la société en arrive à la conclusion que c’est « ça » être beau…  Comment je fais pour convaincre le modèle?  Je lui offre qu’on fasse une série de photos « au naturelle » pendant un petit 30 minutes.  Après quoi je lui montre le résultat et si elle n’aime pas les photos, je les efface.  Chaque fois, lorsqu’elles voient les images à l’arrière de la caméra, elles adorent et plusieurs me disent que jamais elles ne s’étaient vues aussi belles.

Pour le troisième point, c’est le travail du photographe de faire vivre le modèle.  Je prends toujours le temps de parler un peu avec le modèle avant de commencer le shooting.  Je lui explique – sans donner un cours de photo – pourquoi je fais telle ou telle chose simplement parce que c’est rassurant de comprendre ce qui se passe autour de soi.  Je demande toujours au modèle comment elle souhaite débuter le shooting; des portraits gros plan, des photos plein pied, … S’il y a plusieurs vêtements, je lui demande ce qu’elle veut porter en premier.  Je crois qu’il est primordial d’impliquer le modèle dans le shooting.  Pendant les prises de vue, je parle constamment avec elle pour la garder active et, surtout, je la fais bouger.  L’idée ici est de maintenir le modèle dans un déséquilibre contrôlé; son corps ne doit pas pouvoir se stabiliser sinon elle va « poser ».  En parlant sans cesse avec elle, son esprit ne pourra se concentrer sur une pose.  Le rythme de la conversation va influencer les expressions, je m’assure donc de ne jamais trop déstabiliser le modèle car on va voir un mal aise dans les photos.  Avec certains modèles, lorsque je vois qu’elles sont plutôt confortables devant la caméra, je vais mettre de la musique et les faire danser.  Rassurez-vous, ce n’est pas les Grands Ballets!  Il s’agit ici d’amener le modèle à bouger au rythme de la musique.

 

Valérie :

J’ai demandé à Valérie si elle était à l’aise pour danser devant ma caméra.  Elle était gênée, elle a hésité et elle s’est lancée.  Elle avait dans son téléphone du Creedence Clearwater Revival.  Voyez le résultat… elle est magnifique!  OK les photos sont un peu floues.  C’est tout à fait normal lorsqu’on utilise une vitesse d’obturation de 1/60 pour photographier quelqu’un qui danse.  Mais… il y a de la vie, on voit le mouvement et la spontanéité dans les photos.

Véronique :

Véronique fait de la danse, elle a aimé mon idée de travailler avec de la musique.  Je l’ai fait sortir de sa zone de confort en faisant jouer Portishead alors qu’elle est habituée aux danses latines.

Karol :

Karol est un peu clown.  Je lui ai dit que je veux de la vie dans les photos et elle s’est mise à faire des grimaces et des expressions exagérées.

Joanie :

Avec Joanie se fut de la danse entrecoupée de moments de folie spontanée.  Parce qu’elle était parfaitement à l’aise devant la caméra, on a fait un petit vidéo.

 

Vivez!!!

En résumé, ne vous cassez pas trop la tête avec la technique.  Investissez plutôt dans la relation humaine que vous avez avec le modèle le temps du shooting.  Surtout, le plus important, vivez!

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