Je fouillais dans mes disques durs récemment et j’ai trouvé des photos que j’ai faites lorsque je débutais en numérique.  En toute honnêteté, je dois d’admettre que mon travail à l’époque n’était pas fameux point de vue « editing ».  Je ne maîtrisais pas Lightroom et je n’utilisais pas encore Photoshop.

Ce qui m’a sauté aux yeux est que pendant longtemps je me suis amusé à manipuler les couleurs, chose qui était presque impossible en argentique.  Seulement je le faisais à outrance.  Les photos de mes shootings ressemblent à des délires psychédéliques.  Rassurez-vous: mes modèles et moi étions à jeun!  Comment ai-je pu faire des telles images sans réaliser à quel point c’était horrible?  Si j’avais donné ces photos à mes profs au Dawson Institute of Photography j’aurais coulé mes cours!

Portrait trop retouché
Novembre 2015

Je crois que j’étais trop emballé par la facilité avec laquelle je pouvais manipuler mes photos.  Je m’amusais comme un fou à faire des choses qui étaient impossibles à faire avec du film.  Le «fun» que j’avais me rendait aveugle.  Aussi une pensée magique me disait que tout ce que je pouvais enfin faire aujourd’hui grâce au numérique était forcément génial.  C’est en regardant des tirages argentiques que j’avais fait à une autre époque que j’ai réalisé que mon travail en numérique n’était pas fameux.

 

L’importance de revenir à la base

Portrait trop retouché
Août 2015

Comment m’en suis-je sorti?  Comment ai-je retrouvé la qualité de travail que j’avais lorsque je travaillais en argentique?  Simplement en appliquant les bonnes vieilles règles d’esthétisme de la photographie.  Bien gérer l’exposition, le contraste, la répartition des niveaux de gris (aller voir le Zone System d’Ansel Adams), la saturation des couleurs, la température et la teinte, etc.  Finalement, dans Lightroom, je me suis mis à retoucher mes photos de la même façon que je travaillais en chambre noire.  Plutôt que de faire des retouches ultra ciblées, je brûlais et je masquais comme si j’avais utilisé un morceau de carton.  Petit truc pendant que j’y pense: si vous voulez améliorer votre editing, allez faire de la chambre noire pendant un temps.  Quand vous serez capable de faire un tirage argentique relativement bon, revenez dans Lightroom.

Le numérique nous donne des outils incroyables pour travailler nos photos.  On peut faire beaucoup plus que ce que l’argentique nous permettait.  Seulement les règles d’esthétisme, le langage visuel, les petits détails techniques qui font la différence entre une bonne et une mauvaise photo n’ont pas changés.

Photo dont les couleurs sont trop saturées
Septembre 2014

Savoir quand arrêter

Aujourd’hui lorsque je travaille dans Lightroom et Photoshop, j’adhère à la philosophie «less is more».  Quand je suis rendu à me demander: « qu’est-ce que je peux ajouter à ma photo? », ça veut généralement dire qu’il n’y a plus rien à ajouter.  Peut-être même que j’en ai trop fait.

Attention: je ne dis pas qu’il ne faut pas retoucher ses photos!  En 30 ans de photographie, je n’ai jamais vu une photo sortir d’une caméra et pouvoir être utilisée telle quelle.  Il y a toujours un peu de travail à faire sur l’image que ce soit en chambre noire ou à l’ordinateur.  Je n’ai rien non plus contre la retouche extrême dans Photoshop, ce que certains appellent du digital imaging, pour obtenir des photos sorties tout droit d’un rêve.  Je dis seulement qu’il fait savoir quand s’arrêter.  On doit aussi être capable de voir que la photo est mauvaise et qu’aucun travail de post-production ne pourra l’améliorer.  Je vous invite à lire cet article de Max Bridge: « Is Your Editing Sabotaging Your Photography Development? | How Much Is Too Much? »

Si vous débutez dans la post-production, la meilleure chose que vous pouvez faire pour apprendre à exploiter votre logiciel de retouche est de trop en faire.  Laissez-vous aller à faire des folies avec votre image. C’est la seule façon de découvrir toutes les capacités d’un logiciel.  Vous n’aimez pas ce que vous venez de faire?  Faite CTRL-Z et essayez autre chose.  Ensuite revenez aux fondements de l’esthétisme en photographie.  N’essayez pas de réinventer la roue!  Si votre photo n’est pas à votre goût, ne vous demandez pas: « qu’est-ce que je peux faire de plus pour l’améliorer ».  Demandez-vous plutôt: «qu’est-ce que je dois enlever pour qu’elle soit bonne?»  Less is more!

Photo mal retouchée
Août 2015

4 réponses pour “Less is more”

  • Bon commentaire.

    J’ai enseigné l’argentique et le numérique plusieurs années (25 ans). Ma première photo numérique date de 1984. Le premier conseil que je donnais à mes étudiants lorsqu’ils exploraient Photoshop : si vous pouvez nommer l’effet, c’est que vous avez caché votre photo derrière l’effet numérique.

    La somme de petites interventions peuvent améliorer grandement votre photo : légère retouche du white balance, de la saturation, de l’exposition, correction des basses lumières, recadrage, éclaircir et/ou assombrir certaines parties de l’image vont livrer une meilleur image si vous le faite dans la retenue …

    Un petit conseil : retouchez vos photos par étape afin d’avoir un temps de recul sur votre image. Lorsque l’on s’assoie devant son ordi après quelques jours, voire quelques semaines, on a un nouveau regard sur celle-ci.

  • Bon Texte ,ça fait réfléchir.
    Sauf , que pour moi depuis la facilité que nous donne Tout les logiciels , J’essaierais de poussez plus loin que la simple photo. Tu l’as vue lors du concours d’ont le thème était » Rouge » Bien que j’ai plusieurs photos qui répondais a ce thèmes. Autos, fleurs , mannequins, spectacles , architecture j’ai décidé d’être hors normes .De présenté une photo d’un courant d’eau que j’ai post traité pour qu’il devienne une coulée de lave d’un volcan en Éruption .Le juge m’a dit qu’elle était magnifique , je le remercie mais qu’elle ne luis disait rien. Il n’a pas pensé que peut-être le thème même me disait rien et que c’était le fond de ma pensée. J’ai eu mon plaisir  » 5 h de post traitement  » et j’en suis fier et je ne changerais pas.. Artistes ou techniciens ma formation est technique, dans un métier disparue, alors .Cependant, je reconnais que les photos gagnantes était justes magnifique et artistique et développe un regard plus sensuel qu’une rivière de feu.

    • Il faut toujours faire de la photo pour se faire plaisir. Si ensuite les juges aiment ça, tant mieux sinon tant pis!

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